Journée d’études
Représentations publiques et plastiques
de la personne handicapée

Vendredi 12 novembre, de 08h00 à 18h00
Salle communale de Plainpalais

52 rue de Carouge, Genève

1. Croisement de regards...

Les représentations plastiques et médiatiques des personnes en situation de handicap sont tributaires d'une dialectique. Un échange parfois houleux s'opère entre les regards extérieurs et les regards issus de l'intimité des situations de handicap. Les choses se complexifient lorsque certaines représentations sont intégrées au plus profond des individus: les images symboliques, les archétypes et encore les images d'Epinal imprègnent tout le monde. C'est un biais qui fait que les personnes concernées par ces représentations deviennent victimes des regards portés par le culturel et le social, mais aussi  victimes de leur propre regard sur elles-mêmes.

Les pratiques culturelles peuvent ainsi être le reflet de ce qui se joue sur les plans psychologique, psychanalytique, sociétal et culturel. Cependant, plus que de simples re-présentations, la création même des images médiatiques et artistiques sont aussi véhiculées par les personnes en situation de handicap elles-mêmes, leurs familles, les professionnels de l'accompagnement spécialisé. Les médias et le public «non initié» en général portent à leur tour des discours parfois décalés ou inappropriés. Ces discours peuvent être source d'exclusion ou de mise à l'écart, signes de méconnaissance et d'une représentation particulière de la société  –  plus productiviste, moins basée sur les relations et sur l'importance des sensibilités. On qualifie l'être humain par un trait physique ou psychologique et non pas comme un être potentiellement compétent. Vers quel type de participation sociale faut-il alors s'orienter qui laisserait au sujet sa part d'acteur?

Pourtant, au sein de ces fonctionnements résident des îlots de résistance, des places fortes défendues «becs et ongles» et conduisant parfois à la marginalisation forcée.

Certains artistes, journalistes ou penseurs en situation de handicap ou non se font fort de démonter les représentations habituelles, de les interroger et tentent de les faire évoluer. Conscience des regards, croisement des points de vue sont toujours au centre de leurs préoccupations. Parfois, des expressions épurées de tout contenu idéologique font aussi surface et nous étonnent par leur fraicheur et leur poésie. Taxées d'art «brut», «singulier», «cru» ou «outsider» on accède néanmoins à travers elles à des visions du monde alternatives.

Cependant, la production de représentations est-elle souhaitable dans le sens où celles-ci figent le mouvement et la dynamique de vie? Certaines oeuvres portent pourtant des dimensions poétiques échappant aux contingences du réel. Doit-on ne valoriser que ces dernières? D'autres approches en Art travaillent à une dimension  mettant en avant les processus créatifs plus que les oeuvres. Leurs propositions reposent alors sur la promotion de l'expression de groupes marginalisés et travaillent  à la mise en place de réseaux, de dispositifs et de médiations permettant les échanges et les relations entre groupes sociaux.

Le présent projet vise à objectiver les enjeux et mécanismes de l'exclusion,  de la stigmatisation ou de l'intégration au travers des discours artistiques et médiatiques qui, tous, véhiculent des valeurs et des représentations.

Ce serait donc le travail des sémiologues et des critiques de distinguer dans les représentations. Ce serait  le travail des artistes de faire des propositions critiques sur le sujet. Ce serait le travail des journalistes de tenter l'analyse de ce qu'ils véhiculent.  Et ce serait le travail des personnes elles-mêmes, de leur entourage familial ou des  professionnels qui les côtoient de choisir l'objet des représentations comme terrain d'action.

Autrement dit, est-il possible d'intervenir de manière active sur la construction, la formation des représentations? Est-il possible d'amorcer des projets visant au renouvellement de celles-ci? Alors que les moyens de production et de diffusion traditionnels sont détenus et gérés par un petit nombre, qu'en est-il par ailleurs des technologies nouvelles? Sont-elles une des solutions permettant l'expression libre et déculpabilisée?

Doit-on par ailleurs intégrer dans les missions des institutions spécialisées la nécessité de travailler des médiations culturelles plus efficaces? Doivent-elles, au delà des missions de «prise en charge», promouvoir l'expression afin de faciliter le développement d'un regard social et intime plus valorisé en attribuant des moyens nouveaux? Est-ce à contrario la société et le politique qui doivent, dans un souci démocratique, intégrer les personnes en situation de handicap au sein de la culture et des médias?  

2. Medium is message

Avant de commencer à répondre aux questions soulevées ci-avant, il convient de porter une attention particulière sur le dispositif même de la manifestation «Regards croisés». En effet, comment se permettre de tenir des discours «sur» alors que les premiers acteurs concernés ne cessent de revendiquer, à juste titre, une réelle participation sociale? A cet effet, les activités proposées reposent sur le principe d'une large participation des personnes en situation de handicap, qu'elles fassent partie du public ou, comme relevé plus haut, des animations des ateliers. Les familles et les professionnels concernés sont également appelés à participer activement à cette journée dans le but de promouvoir des situations de rencontre et d'échange avec un public variés, notamment issu des médias et du monde des arts. Il importe que ce «forum» intègre les valeurs qui y sont défendues. Aussi, dans les ateliers qui font suite aux deux conférences du matin, les intervenants présenteront leurs réflexions et questionnements tout en veillant à recueillir et faire entendre la parole de tout le monde.

3. Les divers temps de la journée

Deux conférences en ouverture, dix ateliers de réflexion, un débat de clôture en plenum attendent les participants:

Les conférences sont destinées à ouvrir la réflexion sur le thème de la journée. Elles proposent deux éclairages complémentaires, l'un anthropologique, l'autre philosophique, en une démarche de «regards croisés» pour esquisser quelques réponses aux questions qui se posent: quels sont les implications et points de rencontre entre les représentations médiatiques et plastiques les plus communes que l'on trouve sur les personnes handicapées et l'exclusion sociale qu'elles peuvent véhiculer? A la frontière entre la sémiologie, la sociologie, l'anthropologie, l'histoire de l'art et des médias, quels sont les paradigmes qui oeuvrent dans l'ombre à la production de représentations? Quels sont leurs véritables effets: jusqu'à quel point sont-ils véritablement opérationnels? Et comment éviter l'écueil de l'exclusion sociale?

Les ateliers de réflexion portent sur des thématiques réparties en trois domaines ou axes de réflexion. Ils sont animés par des personnalités reconnues pour leur expertise: journalistes, artistes, théoriciens, professionnels du terrain, parfois en situation de handicap. Les thèmes choisis permettent de mener une réflexion critique sur les différentes formes de présence des personnes en situation de handicap dans l'art, les médias et dans les espaces publics. Chacun sera amené à se questionner sur ses propres regards et pratiques. Ces ateliers sont ouverts à tous, y compris les personnes en situation de handicap, les étudiants, les parents, monsieur et madame tout le monde, les professionnels des médias. La diversité de participants est souhaitable pour rendre possible le croisement des regards.

Lors du débat de clôture, les questionnements seront mis en perspective, des réponses seront tentées, des propositions partagées avec l'assemblée.